Les opérateurs télécoms africains peuvent réclamer des crédits-carbone grâce à un nouveau programme lancé par Nedbank Capital
Source: Starafrica.com mai 2011 - Bien qu’un grand nombre d’opérateur télécoms africains utilisent du diesel pour alimenter leurs stations de base et d’autres équipements télécoms, la « révolution verte » qui devrait les avoir utiliser plus d’énergies renouvelables, reste encore à venir. Les façons de penser telles que « c’est comme ça qu’on fait les choses ici » changent difficilement mais tôt ou tard, les opérateurs télécoms devront incorporer le «facteur vert » dans la gestion de leurs réseaux en Afrique. C’est dans cette perspective que Nedbank Capital a développé un programme qui permet aux opérateurs télécoms de prétendre à des crédits-carbone. Isabelle Gross s’est entretenue avec Fritz Milosevic, responsable des investissements à Nedbank Capital, sur ce nouveau programme et comment les opérateurs télécoms peuvent en tirer partie pour générer un revenu complémentaire des crédits-carbone.
Des opérateurs d’envergure mondiale avec des opérations en Afrique ont déjà annoncé leur engagement à réduire leurs émissions en CO2. Le groupe Vodafone a dit qu’il allait réduire ses propres émissions par 50% à l’horizon 2020 (sur la base des émissions produites en 2006/2007) tandis qu’Orange/France Telecom avançait une proposition similaire. L’opérateur réduira ses émissions en CO2 de 20% par rapport au niveau enregistré en 2006 pour 2020. Le groupe sud-africain MTN a quant à lui signé la Déclaration de Copenhague sur les changements climatiques et vient de publier son premier rapport analysant ses émissions en CO2 et ses conséquences sur l’environnement et les changements climatiques.
Derrières ces grandes annonces de bonnes intentions, les solutions d’énergies renouvelables pour alimenter les stations de base et d’autres équipements télécoms offrent de réelles opportunités de considérablement réduire les coûts opérationnels et de décroître la dépendance vis-à-vis du diesel des opérateurs mobiles africains. Dans un rapport publié en février 2011, Balancing Act explique comment les opérateurs peuvent réduire leur coûts opérationnels en optimisant la consommation énergétique de leurs stations de base et comment ils peuvent aussi ramener leur facture diesel à zéro en passant aux énergies renouvelables comme le solaire ou le vent (voir lien vers le rapport au bas de l’article). Le rapport souligne aussi que « les opérateurs mobiles ne devraient pas prendre le manque d’expertises techniques pour une excuse pour ne rien faire. Les opérateurs mobiles en Afrique doivent prêter plus d’attention aux coûts associés aux opérations qu’ils gèrent. Dans cette perspective, les dépenses énergétiques figurent dans le top palmarès des dépenses à contrôler ».
Selon Fritz Milosevic de Nedbank Capital «parmi les autres projets verts pour les opérateurs, il y a les centres data et les solutions de recharge pour les mobiles. Ils donnent l’opportunité aux opérateurs de générer des crédits-carbone ou de réduite leur empreinte en CO2. Bien que les possibilités de générer des crédits-carbone se trouvent au cœur de leurs réseaux, les opérateurs mobiles en savent très peu sur les crédits-carbone. Par conséquent ils sont très réticents à dépenser de l’argent (en interne ou en externe) dans des programmes de crédits-carbone ».
Face à cette contradiction et la complexité inhérente du marché des crédits-carbone, Nedbank Capital a développé un service qui permet aux opérateurs télécoms de réclamer des crédits-carbone pour le déploiement de « solutions vertes ». Pour Fritz Milosevic, le programme enlève la nécessité pour les opérateurs télécoms d’avoir à comprendre la réglementation compliquée gouvernant les crédits-carbone et leur permet d’optimiser le revenu potentiel qu’ils pourront tirer de la vente de leurs crédits-carbone. Il y a deux façons de réclamer des crédits-carbone soit par le Mécanisme de développement propre (MDP) soit par une procédure volontaire. Le MDP est une procédure en 7 étapes soumise à certification tandis que la procédure volontaire a développé des standards moins astreignants dans la mesure ou elle vise plus à la pérennité du projet qu’à son impact sur les changements climatiques. Une conséquence moins intéressante de la procédure volontaire, c’est que le crédit-carbone vaut moins que celui généré via un projet MDP. Pour Fritz Milosevic, la chose la plus importante pour l’instant est que le programme provoque un déclic chez les opérateurs dans leur façon de penser et suscite une discussion sur les questions de développement durable vue de leur perspective. Il n’y a pas de quota minimum de stations de base « vertes » installées ou en phase d’installation pour rejoindre le programme de crédits-carbone initié par Nedbank Capital.
Selon une étude de cas réalisée par Nedbank Capital, les opérateurs mobiles peuvent générer un revenu annuel complémentaire de l’ordre de 6% pour chaque station de base qui utilise des énergies renouvelables comme sa principale source d’alimentation (en assumant une économie d’énergie de 75%). Cela semble peu mais au regard de la baisse des ARPUs voix et des revenus incertains sur les services data, les opérateurs mobiles seront peut-être d’avis que cela permettrait d’améliorer leur chiffre d’affaires ou de payer en partie pour les coûts de déploiement de solutions vertes pour les stations de base. Le programme initié par Nedbank Capital a pour but de motiver les opérateurs télécoms à utiliser des énergies renouvelables lorsqu’ils mettent en place de nouveaux équipements ou renouvèlent leurs équipements existants. Selon Fritz Milosevic, le programme s’adresse à l’ensemble des opérateurs télécoms - petits ou grands, locaux ou internationaux. Il ajoute que « les opérateurs devraient joindre le programme maintenant. Quelque soit l’avancement de vos projets, venez nous en parler. Nous pouvons définir un programme taillé sur votre plan de déploiement et vous fournir un mécanisme de contrôle qui vous aidera à générer des crédits-carbone ou à réduire votre empreinte d’émissions en CO2 ».
L’adoption de “solutions vertes” dans l’industrie télécoms en Afrique est lente mais il y a des signes encourageants. Progressivement certains opérateurs augmentent le nombre de stations de base fonctionnant aux énergies renouvelables – de moins d’une douzaine à plus d’une centaine. L’opérateur mobile namibien MTC a annoncé à la fin du mois d’avril, des tests concernant une nouvelle manière de générer de l’électricité via l’énergie éolienne. La turbine éolienne est directement montée sur la tour radio alors que la majorité des systèmes suppose une structure séparée. Il n’est pas trop difficile de calculer les économies réalisées – la construction d’une tour séparée – sur le coût global de ce projet d’énergies renouvelables.
De plus en plus d’opérateurs mobiles (même le petit opérateur que j’ai récemment visité au Libéria, y pense !) se lancent dans des expérimentations de solutions basées sur des énergies renouvelables. En termes de connaissance et de compréhension de ces questions par les opérateurs télécoms, on vient de dépasser le stade embryonique et il faut certainement encourager des banques africaines qui sont prêtes à offrir des services innovants et à supporter des projets porteurs en matière d’énergies renouvelables. http://www.balancingact-africa.com
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