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Pourquoi l’Hon. Léonce Ngendakumana aurait-il usurpé une identité ethnique ?

Bujumbura, le 06/02/2012 (abarundi.bi) - Depuis son indépendance en 1962, le Burundi regorge de responsables de crimes divers et jusqu’à ce jour, ils n'ont jamais été inquiétés, ce qui perpétue le culte de l'impunité et renforce les frustrations des victimes. Néanmoins, sans préjudice des résultats des travaux de la Commission d'enquête judiciaire internationale qui devra établir les responsabilités individuelles en application du Chapitre II du Protocole en la matière et afin de faire la lumière sur le passé, les parties signataires de l’accord d’Arusha ont reconnu que des actes de génocide, des crimes de guerre et d'autres crimes contre l'humanité ont été perpétrés depuis l'indépendance jusqu'à nos jours au Burundi.

Actuellement, l’application de l’accord d’Arusha, signé dans un contexte plutôt suspicieux par les parties en négociation, montre déjà sa complexité en ce qui concerne la résolution du conflit burundais. Il est dès lors intéressant de sonder les autres angles de vision, de saisir par approches successives la signification  des enjeux qui se jouent au sein de la classe politique, et de comprendre sa motivation profonde quand elle affirme qu’elle veut œuvrer pour résoudre la question burundaise. Nous n’avons pas la volonté de remettre en cause les analyses pertinentes qui ont déjà été réalisées jusqu’à ce jour, mais nous souhaitons souligner quelques faits qui nous paraissent majeurs et qui peuvent contribuer à la compréhension des événements auxquels nous avons assisté au Burundi.

 

Pour rappel, avant la colonisation, le Burundi était une royauté sacrée où le Roi jouissait d’une légitimité socialement attestée et incontestée presque par tous. La structure politique était connue de tous et les liens tant politiques que sociaux respectaient un code socioculturel scellé dans les mœurs. Bien que la gouvernance bénéficiait de l’assentiment de tous les citoyens burundais, le système n’en était pas moins inégalitaire. Le rang social dépendait des liens de sang ou d’alliance avec la structure politique (Mwami, Baganwa, Batware,…), de la richesse (beaucoup de vaches, beaucoup d’enfants, une propriété fertile). La combinaison des deux déterminait le prestige de la personne au sein de sa communauté. Il est aussi à remarquer que l’on n’appartenait pas à un lieu, mais à un chef. C’est ainsi que, quand quelqu’un commettait un crime considéré par la société comme étant d’une gravité extrême ou tout simplement quand son chef avait commis un crime de lèse-majesté à l’égard de son supérieur hiérarchique ; il suffisait qu’on lui prenne l’essentiel de sa richesse citée ci haut (kunyaga) et le frapper d’ostracisme (kumwangaza) pour que l’incriminé perde son prestige et plus encore tout lien social : cela correspondait à une mort sociale. Dès l’introduction de la scolarisation via la colonisation, les éléments qui fondent le pouvoir, la richesse et le prestige ont radicalement changé. Le rang social dépend dorénavant du poste qu’on occupe dans les différentes institutions de l’Etat, l’avoir et le savoir sont étroitement liés au niveau de scolarisation et la richesse est directement estimée en valeur monétaire.

En 1962, le Burundi a accédé à l’indépendance avec un régime qu’on peut assimiler à une monarchie parlementaire, c’est-à-dire que la Loi fondamentale consacrait le pluralisme politique et les élections démocratiques basées sur le principe d’ « un homme une voix ». Le Burundi entrait par la même occasion dans le concert des nations avec les obligations et les ouvertures que cette entrée induisait, notamment les liens économiques et la géopolitique. Cette expérience démocratique a été stoppée net en 1966 par un putsch militaire et depuis lors on a assisté à des violences cycliques (1965-1966, 1969, 1972, 1988, 1991, 1993-…) et à des putschs militaires comme seul mode de changement d’autorités au Burundi (1966, 1976, 1987, 1993, 1996), hormis les trois mois de juin 1993 au 20 octobre 1993 au cours desquels les burundais ont été dirigés par des autorités de leur choix. Seule la force des armes a fondé la légitimité de tous ces pouvoirs militaires ; ce n’est que depuis 2005 que nous connaissons à nouveau des responsables élus. La grande question qui se pose est d’expliquer les violences cycliques qui se caractérisaient par des centaines de milliers de pertes en vies humaines, la dégradation de la vie sociale et économique et des centaines de milliers de gens qui fuyaient leur patrie. Comme ces régimes avaient peu d’intérêt à promouvoir le bien commun, ils se sont tous caractérisés par une faible capacité à générer le bien-être pour tous par une gestion égoïste des activités économiques, le gâteau national devenant par ce fait de plus en plus petit, le contrôle des prétendants audit gâteau tenant compte de la scolarisation qui en accroissait le nombre ne pouvait qu’aboutir à des tensions sociales.

Dans ce contexte monopolistique lié au régime dictatorial, aux mécontentements des uns et aux insatisfactions des autres, les solutions de jadis devenaient caduques (kunyaga, kwangaza, etc.) ; frapper quelqu’un d’ostracisme ou le contraindre à l’exil ne servaient plus, étant donné que la personne concernée, partait avec toutes ses capacités intellectuelles acquises qu’elle pouvait exploiter à bon escient partout où elle serait, voire œuvrer politiquement pour défendre ses intérêts propres en opposition avec les intérêts de ces dictateurs. Alors, à défaut de pouvoir agrandir le gâteau national afin de pouvoir se garantir la même part du gâteau et limiter les risques d’une contestation d’opposition, la seule solution qui restait était d’éliminer physiquement les prétendants éventuels au gâteau, cela sous divers prétextes que tout un chacun peut observer au Burundi. Dans ce contexte, les valeurs incarnées par la démocratie, le respect des droits de l’homme, le développement du pays,…deviennent secondaires ; le plus important devenant le contrôle du gâteau et des convives,  quelques soient les ethnies, les origines sociales ou régionales.

La définition que les parties signataires de l’Accord d’Arusha ont donnée au terme « sinistré » frise le cynisme. Elle montre clairement qu’il existe des gens qui ne sont pas prêts à assumer les malheurs qu’ils ont fait subir au peuple burundais et faire un saut qualitativement positif. Un sinistre est un événement catastrophique naturel (tel un incendie, une inondation, un tremblement de terre, etc…) ou alors un accident, un dommage important causé à une ou plusieurs personnes. Un sinistré est donc quelqu’un victime d’un sinistre. Selon Monsieur Hicuburundi (site burundibwacu 2007) la grande question est l’environnement politique actuel, qui est  particulièrement défavorable à l’exercice tranquille du pouvoir au Burundi. Dans ce sens, il disait que les seuls qui rêvent encore une fois de gouverner à leur guise le Burundi en ce moment sont ceux-là mêmes qui sont à la base des tragédies ainsi que des convulsions répétées de ce pays.  En d’autres mots, à l’heure qu’il est, seuls les putschistes d’octobre 1993 et leurs alliés ou valets se donnent l’illusion de garantir une gouvernance politique et économique acceptable pour eux-mêmes et pour certains partenaires internationaux.

Dans le contexte burundais actuel, la vérité est à géométrie variable selon l’intérêt de celui qui parle et/ou du destinataire du message. En guise d’exemple, même ceux qui exigent la vérité et la transparence de la part des adversaires politiques n’hésitent pas à entretenir un flou artistique dès qu’ils sont concernés par la chose publique. Sinon comment expliquer par exemple le cas de Monsieur Ngendakumana Léonce, leader de l’ADC – Ikibiri, ayant comme ambition de mettre à genou le pouvoir en place issu des élections démocratiques de 2010 ! Ce n’est qu’à travers son ambition politique que nous pouvons comprendre son camouflage. En effet, comme nous l’apprenons de Monsieur Hicuburundi, l’Hon. Léonce Ngendakumana, l’actuel Président du FRODEBU, a toujours menti sur ses origines ethniques, et donc aussi sur ses véritables intentions politiques.

Très nombreux sont en effet les Barundi, toutes ethnies confondues, qui affirment être sûrs et certains que cet homme a usurpé une identité ethnique et régionale à des fins politiques. Par conséquent, l’Hon. Léonce Ngendakumana aurait faussé très dangereusement toutes les équations politiques de notre pays, surtout après les Accords d’Arusha qui prévoient explicitement un partage des postes de responsabilité en tenant compte précisément des origines ethniques des candidats. Pourtant, il est un des signataires de cet accord et il ne peut pas ne pas connaître la pertinence de cet élément.

Que pouvons-nous dès lors attendre de positif de lui et sa mouvance s’il avait les rennes du pouvoir ? Peut-on faire l’hypothèse que l’interférence des anciens acteurs politiques est à l’origine des difficultés actuelles au chapitre de la gouvernance ? A cette question Monsieur Hicuburundi Innocent répondait déjà en 2007 que ce n’est plus une hypothèse, mais bien la réalité nue et crue. Il y a en effet au Burundi tellement de crimes impunis dont la responsabilité majeure retombe sur les tenants des régimes qui se sont succédé depuis l’Indépendance. Or, manifestement, tous ces criminels impénitents font tout pour rendre impossible la naissance d’un Etat de droit, dont la tâche première consisterait précisément à les juger pour rétablir les victimes dans leurs droits longtemps ignorés. Dans ce sens, tous les prétextes sont bons pour ceux qui ont quelque chose à se reprocher, pour accuser de tous les maux les nouveaux dirigeants, dans le seul but de les intimider et de les empêcher de débroussailler les archives de notre histoire, laquelle contient certainement des dossiers brûlants et compromettants qu’ils n’ont pas eu le temps de faire disparaître avant la fin de leur règne.

Vu sous cet angle, on peut comprendre : la plupart des stratégies des tenants du statu quo, les résistances aux vrais changements démocratiques, la motivation de partage des postes contenue dans l’accord d’Arusha, l’impunité au Burundi et la tactique d’exigence du dialogue de l’opposition dite extraparlementaire avec le pouvoir actuel. Tout ça pour éviter le fond du problème à savoir celui de la citoyenneté partagée, celui de l’édification d’un Etat de droit qui garantit l’égalité de tous les citoyens devant la loi et des institutions issues d’élections libres et transparentes en application du principe « un homme une voix ».

Nous ne pouvons que conclure par un encouragement aux autorités actuelles à garder le cap et à continuer à faire œuvre utile et mener à bien tous les grands chantiers de reconstruction,  notamment la mise en place de la Commission Vérité et Réconciliation pour qu’enfin la vérité vraie éclate au grand jour et qu’enfin les victimes soient reconnues, rétablies dans leurs droits et réhabilitées.

Martin Kazirukanyo et Innocent Bano