Révélations troublantes : Un rapport du Conseil de Sécurité de l’ONU pourrait envoyer des membres de l’ADC-IKIBIRI à la Haye

Ce rapport se résume comme suit:

Alexis SINDUHIJE

Les sources consultées par le Groupe d’experts s’accordent à dire qu’Alexis Sinduhije, Président du Mouvement pour la solidarité et la démocratie (MSD), est un partisan particulièrement fervent des combattants des FNL et de la rébellion armée au Burundi.

Quatre officiers des FNL de rang intermédiaire ont déclaré que les combattants des forces dans le Sud-Kivu considéraient Sinduhije comme l’un des principaux dirigeants de leur mouvement. Selon un autre combattant des FNL, les relations entre Sinduhije et Baranyanka se sont dégradées un moment en juillet, le second accusant le premier d’avoir usurpé son rôle en se déclarant commandant suprême du mouvement. Des combattants des FNL ont déclaré que Sinduhije avait été chargé de convaincre les gouvernements régionaux et internationaux que les exactions et les actes de corruption commis par les autorités burundaises justifiaient une rébellion armée.

D’après des sources diplomatiques et de la société civile, Sinduhije s’était rendu au cours des derniers mois en Ouganda, en France, en Italie, en Afrique du Sud, en Turquie, au Soudan du Sud et au Kenya, afin de rencontrer des personnalités officielles et des investisseurs. Selon des collaborateurs du mouvement, Sinduhije a également cherché à entrer en contact avec les partis d’opposition rwandais. D’après les services de renseignement burundais et des membres des FNL, Sinduhije a réussi, grâce à tous ces contacts, à fournir un appui financier aux rebelles basés dans le Sud-Kivu. Les tentatives répétées du Groupe d’experts d’organiser une conversation téléphonique avec lui pour discuter de ces questions sont restées vaines.

Début septembre, la police et les services de renseignement burundais ont arrêté trois partisans des FNL placés sous les ordres d’un ancien cadre politique du MSD dénommé Onesphore dans la ville portuaire de Rumonge, alors qu’ils auraient été en train d’organiser l’arrivée d’une unité de combattants venant de la République démocratique du Congo. La police burundaise a présenté au Groupe d’experts un inventaire des marchandises qu’elle aurait trouvées en la possession d’Onesphore; il y avait plus de 400 articles. Bien que des combattants actuels aient confirmé qu’Onesphore collaborait avec les FNL dans le Sud-Kivu, celui-ci a nié, affirmant qu’il avait l’intention de vendre les articles. Après son arrestation, la police burundaise a indiqué que Sinduhije avait appelé un partisan des FNL depuis un numéro kényan. Le Groupe d’experts s’est procuré des enregistrements audio qui montrent que l’auteur de l’appel a donné l’ordre au partisan en question de fuir et a proposé d’envoyer 500 000 francs burundais pour aider à faire libérer Onesphore. Des sources proches de Sinduhije ont affirmé avoir reconnu sa voix.

Agathon RWASA

Le Président des FNL Agathon Rwasa a consolidé une alliance avec les Maï Maï Yakutumba début 2011. Depuis, il s’est rendu en République-Unie de Tanzanie, au Kenya, en Zambie et en Afrique du Sud, ainsi que dans les territoires de Fizi et d’Uvira. Le Groupe d’experts a interrogé des témoins qui affirment l’avoir vu à Kigoma, en République-Unie de Tanzanie, tandis qu’il convoyait des articles destinés aux combattants des FNL dans le territoire de Fizi. Les services de renseignement burundais et des sources proches des partis d’opposition ont dit que Rwasa avait passé beaucoup de temps à Dar es- Salaama. Selon ces mêmes sources, Rwasa a établi à nouveau des relations commerciales concernant la vente d’or en provenance de la République démocratique du Congo. Pendant ses déplacements, Rwasa reste en contact étroit avec Baranyanka, qui dirige ses troupes présentes en République démocratique du Congo.

Les dirigeants militaires des FNL restent basés dans la plaine de la Ruzizi, près des villages d’Ondes et Runingo, au nord de la ville de Kiliba. Les FNL empruntent cinq points de passage frontaliers non contrôlés pour se déplacer facilement dans la forêt de Rukoko, leur ancien bastion, qui s’étend des deux côtés de la Ruzizi, laquelle sépare la République démocratique du Congo du Burundi. Le « général » Antoine « Shuti » Baranyanka est le commandant en chef des FNL. Parmi les principaux officiers d’état-major, on citera le « lieutenant-colonel » Aloys Nzamapema, chef des opérations, et le « major » Logatien Negamiye, chargé du renseignement. Si les combattants actuels affirment être au nombre de 200 autour du siège de Baranyanka, près de Kiliba, ils sont plutôt une cinquantaine d’après des officiers du renseignement burundais. Le reste des éléments burundais présents en République démocratique du Congo se trouvent dans le territoire de Fizi, entre le moyen plateau d’Uvira et la presqu’île d’Ubwari. D’après les estimations du Groupe d’experts, 300 à 400 combattants s’y trouvent en permanence. Baranyanka et Nzamapema se rendent fréquemment de Kiliba à Fizi afin de maintenir leur contrôle sur les combattants.

Léonard NYANGOMA

Selon des sources diplomatiques, Léonard Nyangoma, Président du Conseil national pour la défense de la démocratie (CNDD), a mené une campagne de recrutement au sein des populations de réfugiés burundais en République-Unie de Tanzanie pour les enrôler dans les FNL sur le territoire de Fizi, au Sud-Kivu Des combattants des FNL à Kiliba ont déclaré avoir participé à des ramassages d’armes dans les quartiers burundais, où des partisans leur ont dit que les armes avaient été fournies par Nyangoma.

Pascaline KAMPAYANO

Selon des sources de renseignement burundais et des combattants des FNL, la Présidente du parti Union pour la paix et le développement (UPD), Pascaline Kampayano, fournirait de l’argent à Rwasa, Sinduhije et Baranyanka. Selon ces mêmes sources, elle aurait réactivé ses contacts politiques et militaires à Kinshasa, où elle a vécu en exil de nombreuses années. Des combattants des FNL ont dit au Groupe d’experts qu’elle avait organisé des envois de matériel militaire, y compris d’armes et de munitions, par l’intermédiaire d’officiers des FARDC. Ils ont ajouté qu’elle s’était rendue dans leur camp de la plaine de la Ruzizi en octobre 2010. L’un d’eux l’a même vue promettre des marchandises à Baranyanka, en faisant jouer ses contacts avec les FARDC. Deux semaines plus tard, un camion congolais est arrivé, apportant plus de 50 nouveaux uniformes.

Pancrace CIMPAYE

D’après des combattants des FNL et d’autres sources proches d’eux, le porte-parole du Front pour la démocratie au Burundi (FRODEBU), Pancras Cimpaye, sollicite l’appui de l’opinion internationale et cherche un soutien financier pour les FNL. Interrogé en mars 2011, Cimpaye a déclaré qu’il essayait d’obtenir un appui régional et international pour forcer le Gouvernement burundais à parler avec l’opposition, évoquant la menace que représentait la rébellion croissante des FNL. Dans une lettre ouverte adressée au Président Nkurunziza le 22 juin 2011, Cimpaye a déclaré qu’on « entendait au loin l’écho d’une rébellion ».

Des représentants du FRODEBU à Bujumbura ont informé le Groupe d’experts que le parti n’avait pas autorisé les activités de Cimpaye. Ce dernier, résidant en Belgique, le Groupe d’experts a demandé officiellement aux autorités belges de confirmer ses entrées et sorties du territoire. Au moment de l’établissement du présent rapport, il n’avait pas encore reçu de réponse. Il a également tenté d’entrer en contact avec Cimpaye par courriel et par téléphone à la fin de son mandat, en vain. Rwasa a vécu de nombreuses années à Dar es-Salaam avant de diriger la rébellion des FNL; il s’y trouvait également tout au long des négociations prolongées avec le Gouvernement burundais de 2006 à 2008.

Des officiers des FNL interrogés près de Kiliba début septembre ont affirmé ne plus se battre uniquement pour Rwasa mais pour l’ensemble de l’Alliance démocratique pour le changement-Ikibiri (ADC-Ikibiri), citant expressément Sinduhije, Kampayano, Cimpaye et Nyangoma comme étant leurs dirigeants politiques. Ils ont ajouté avoir renoncé à leurs préoccupations ethniques, se disant prêts à travailler avec des dirigeants tutsis tels que Sinduhije. Le 27 août, Léonce Ngendakumana, porte-parole de l’ADC, a déclaré que si le Gouvernement burundais rejetait les négociations avec l’opposition politique, il risquait d’être « chassé par la force des armes ».

D’après des sources proches de l’opposition, à une réunion de l’ADC tenue à Dar es-Salaam en août, tous les dirigeants politiques, y compris Kampayano et Rwasa, sont tombés d’accord pour que Sinduhije prenne la direction générale de leur rébellion naissante, qui reposerait sur les troupes des FNL au Sud-Kivu. Toutefois,  plus loin dans le rapport, il est précisé que Rwasa n’a pas participé personnellement à cette réunion. Il s’était représenté par quelqu’un d’autre.