Libye : 60 pays à Paris au chevet de la transition
Le Monde, 01.09.2011 - Organiser la transition démocratique de la "Libye libre" : la communauté internationale se retrouve jeudi à Paris pour penser l'après-Kadhafi, alors que les ultimes combats continuent en Libye. Cette réunion, organisée par la France et le Royaume-Uni, doit donc concrétiser politiquement la victoire militaire.
UNE CONFÉRENCE ÉLARGIE
Près de six mois après avoir accueilli, le 19 mars, la conférence qui a lancé l'intervention militaire contre le "guide" libyen, Nicolas Sarkozy a souhaité élargir le format de sa conférence : outre la trentaine de membres du "groupe de contact" qui ont soutenu les frappes aériennes sont aussi présents les représentants de pays qui étaient jusqu'ici hostiles à l'opération de l'OTAN ou qui avaient jugé qu'elle dépassait le cadre fixé par la résolution 1973 des Nations unies.
La Russie, qui s'était abstenue lors du vote de la résolution, participera ainsi à la réunion. A quelques heures de cette conférence, Moscou a d'ailleurs annoncé qu'il reconnaissait le Conseil national de transition – le CNT, l'organe politique de la rébellion libyenne – comme autorité au pouvoir en Libye. En juillet, la Russie avait refusé de le reconnaître comme "seule autorité" du pays.
DÉGEL DES AVOIRS LIBYENS
Les deux principaux responsables du Conseil national de transition, Moustapha Abdeljalil et Mahmoud Jibril, doivent profiter de leur présence à Paris pour présenter leur "feuille de route" vers la démocratie et, surtout, leurs besoins urgents en matière d'aide et de reconstruction. Ils doivent aussi plaider pour le dégel des dizaines de milliards de dollars déposés par le clan Kadhafi dans des banques internationales.
A ce jour, deux enveloppes d'environ 1,5 milliard de dollars chacune ont été libérées des comptes américains et britanniques où elles dormaient, sur un pactole total estimé à environ 50 milliards. C'est maintenant la France qui a été autorisée à débloquer 1,5 milliard d'euros d'avoirs libyens, demande que Paris avait formulée mercredi.
L'ENJEU DU PÉTROLE
Mais dès les premiers jours de l'intervention internationale, l'après-Kadhafi se négociait en coulisses. Le journal Libération (article payant) s'est procuré une lettre qui date du 3 avril, dans laquelle le CNT s'engage à attribuer "35 % du total du pétrole brut [libyen] aux Français en échange du soutien total et permanent [de la France au] Conseil". "Il était de notoriété publique ques les pays les plus engagés auprès des insurgés seraient les mieux considérés par le CNT le jour venu", commente Libération. Une rivalité semblait ainsi s'installer entre la France et l'Italie pour obenir les marchés de la reconstruction (article abonné).
La Libye, principale réserve de pétrole d'Afrique et quatrième producteur du continent, exportait avant la révolte contre le régime de Mouammar Kadhafi 80 % de son or noir vers l'Europe. Mardi, le CNT a assuré que la Libye allait remettre en état de nombreux puits pétroliers dans les prochains jours, mais que les exportations de brut ne reprendraient que progressivement.












